Auto-hypnose

Auto-hypnose : comment ça marche, concrètement ?

L'auto-hypnose consiste à diriger vous-même votre attention vers vos sensations, votre respiration et votre imagination, jusqu'à entrer dans un état de concentration calme. Ça s'apprend avec un peu de répétition, et ça se pratique chez soi, en quelques minutes, sans matériel.

Vous avez peut-être déjà écouté une séance d'hypnose enregistrée, ou assisté à une séance avec un thérapeute. Et vous vous demandez si vous pourriez faire la même chose seul, au moment où vous en avez besoin. La réponse courte est oui, à condition de comprendre ce qui se passe et de s'y prendre simplement. Voici comment, sans jargon, avec ce que dit la recherche, y compris ses limites.

Qu'est-ce que l'auto-hypnose ?

L'hypnose est un état de concentration particulier : l'attention se resserre sur une seule chose, le reste passe au second plan, et l'imagination prend plus de place que d'habitude. Le portail officiel de santé français la décrit comme une technique ancienne dans laquelle le praticien, par la parole, induit un état de conscience particulier qui rend la personne plus réceptive à la suggestion. En auto-hypnose, c'est vous qui vous guidez, avec vos propres mots ou à l'aide d'un enregistrement dont vous apprenez peu à peu à vous passer.

Vous connaissez déjà cet état. Quand vous êtes absorbé par un livre ou un film au point de ne plus entendre qu'on vous appelle, votre attention fonctionne de la même manière. L'auto-hypnose apprend à retrouver cet état volontairement, et à l'utiliser dans un but précis : vous apaiser, vous recentrer, vous préparer à une situation.

Ce qui se passe quand on pratique

On peut décrire la pratique en trois temps.

1. L'attention se resserre. Vous fixez un point, vous vous concentrez sur votre souffle ou sur une sensation. Le bruit de fond des pensées baisse d'un cran.

2. L'absorption s'installe. Votre corps se détend, vos paupières deviennent lourdes ou vous les fermez. Vous restez conscient : vous entendez les bruits, vous pouvez bouger, vous pouvez arrêter quand vous voulez. Ce n'est pas du sommeil.

3. L'imagination travaille. Vous imaginez un lieu, une sensation, un geste, avec tous vos sens et pas seulement des images. L'esprit réagit à ce qu'il imagine presque comme à ce qui est réel : évoquer un lieu apaisant peut suffire à détendre le corps.

Puis vous revenez, doucement, à l'état ordinaire.

Les mécanismes exacts ne sont pas entièrement élucidés : la synthèse officielle précise que les modifications cérébrales observées pendant l'hypnose ne sont pas encore pleinement expliquées. Ce qui compte pour vous, c'est ce que vous ressentez et ce que vous pouvez en faire.

Les trois gestes de base

Toute pratique d'auto-hypnose repose sur trois gestes simples.

  • L'attention. Choisir où poser son attention : un point devant soi, puis ses paupières closes.
  • La respiration. Allonger l'expiration, plus longue que l'inspiration. C'est le moyen le plus direct de calmer le corps.
  • L'imagination. Se représenter une scène en s'appuyant sur les sensations : ce que l'on voit, entend, ressent sur la peau.

Il n'est pas nécessaire de bien « visualiser ». Beaucoup de personnes ressentent ou entendent plus qu'elles ne voient, et cela fonctionne tout aussi bien.

Essayez : l'exercice de 2 minutes

Asseyez-vous confortablement, dans un endroit calme où personne ne vous dérangera. Ne faites jamais cet exercice en conduisant ni pendant une activité qui demande votre attention.

  1. Posez votre regard sur un point devant vous, un peu au-dessus de la ligne des yeux.
  2. Inspirez par le nez, puis expirez lentement par la bouche, deux fois plus longtemps que l'inspiration. Faites cinq respirations.
  3. Quand vos paupières deviennent lourdes, laissez-les se fermer.
  4. Imaginez un endroit où vous vous sentez bien. Notez trois détails : une couleur, un son, une sensation sur la peau.
  5. Restez là une minute, sans chercher à « réussir ».
  6. Pour revenir, comptez lentement de un à trois, bougez les doigts, respirez profondément, puis ouvrez les yeux.

Si vous vous sentez mal à l'aise, rouvrez les yeux et arrêtez. Vous pouvez recommencer plus tard, ou pas. Pour une première séance complète de cinq à dix minutes, voyez les techniques d'auto-hypnose pour débutants.

Ce que dit la recherche

Il faut être honnête : les preuves sont encore inégales.

  • Pour l'hypnose en général, le rapport de l'Inserm de 2015 (résumé par le portail sante.fr) retient un intérêt thérapeutique dans un nombre limité d'indications : la sédation et l'analgésie pendant certains actes chirurgicaux ou médicaux, et le syndrome de l'intestin irritable. Pour l'arrêt du tabac et la douleur de l'accouchement, les données sont jugées insuffisantes, et pour les autres indications médicales, il n'existe pas de preuve établie. « Pas de preuve » ne veut pas dire « inefficace » : cela veut dire que les études de qualité manquent.
  • Pour l'auto-hypnose en particulier, une méta-analyse de 2019 (Eason et Parris) a réuni 22 essais contrôlés randomisés, portant sur la douleur, l'accouchement, des applications pédiatriques, le stress et l'anxiété. Elle conclut à un effet moyen à grand, surtout lorsque l'auto-hypnose est enseignée comme une compétence que l'on pratique soi-même, avec au moins trois séances de pratique. Les études sans effet reposaient surtout sur l'écoute d'enregistrements seuls, sans apprentissage.

Ce second point est important : écouter un audio passivement ne suffit pas toujours. C'est l'apprentissage, la répétition et la progression vers l'autonomie qui semblent faire la différence.

Auto-hypnose ou séance avec un thérapeute ?

Auto-hypnoseSéance avec un thérapeute
Qui vous guideVous, ou un enregistrementUn professionnel, en direct
Objectif courantDétente, recul, apprentissage d'une compétenceUne difficulté précise, avec un suivi
RythmeCourt et régulier, chez soiSéances planifiées
Adaptation à votre situationLimitéePersonnalisée
LimitesPas adaptée aux difficultés psychiques importantesDépend de la qualité du praticien

Les deux démarches ne s'opposent pas : l'auto-hypnose peut compléter un accompagnement, et un accompagnement peut apprendre à pratiquer seul. Pour savoir comment se déroule une séance avec un praticien, lisez notre article sur l'hypnose ericksonienne.

Ce que l'auto-hypnose peut apporter, et ce qu'elle ne peut pas

Elle peut aider à vous détendre, à prendre du recul face à un moment tendu (voir hypnose et stress), à vous concentrer, à vous préparer à une situation, et à retrouver un peu de calme avant le sommeil.

Elle ne peut pas guérir une maladie, remplacer un traitement ou un suivi médical ou psychologique, ni « effacer » une difficulté en une séance. Les promesses de ce genre doivent vous faire douter de qui les fait.

Pour qui, et quelles précautions ?

L'auto-hypnose convient à la plupart des adultes qui souhaitent apprendre à se détendre. Parlez-en d'abord à votre médecin si vous avez un trouble psychique important (par exemple un trouble psychotique), si vous traversez une période de grande fragilité, ou en cas de doute. Les revues sur les effets indésirables de l'hypnose recommandent justement de repérer les personnes vulnérables avant de pratiquer. Pour le détail des risques, lisez notre article sur les dangers et les contre-indications.

Interrompez la pratique si elle fait remonter une émotion trop forte, et parlez-en à un professionnel de santé. Ne la pratiquez jamais au volant.

Combien de temps faut-il pour apprendre ?

Ça varie d'une personne à l'autre. Ce qui compte surtout, c'est la régularité : dix à vingt minutes, deux ou trois fois par semaine, valent mieux qu'une longue séance isolée. Beaucoup de débutants ont besoin de plusieurs essais avant de reconnaître l'état ; ce n'est pas un échec, c'est l'apprentissage. La méta-analyse citée plus haut rejoint cette idée : l'effet apparaît quand la personne s'exerce réellement.

Questions fréquentes

Faut-il savoir visualiser pour pratiquer ?

Non. On peut s'appuyer sur les sensations, les sons ou le mouvement. Les « images » ne sont qu'une façon parmi d'autres.

Peut-on rester bloqué en hypnose ?

Non. Vous restez conscient et vous pouvez rouvrir les yeux quand vous voulez. Au pire, on s'endort, puis on se réveille naturellement.

Quelle différence avec la méditation ?

Les deux utilisent l'attention et le souffle. La méditation observe ce qui se passe sans chercher à le modifier ; l'auto-hypnose utilise l'imagination pour orienter l'expérience vers un but. Elles se complètent.

Peut-on s'en servir pour mieux dormir ?

Beaucoup de personnes utilisent des séances du soir pour se détendre avant de dormir. Ce n'est pas un traitement de l'insomnie : si vos troubles du sommeil durent, parlez-en à votre médecin.

Faut-il un enregistrement ?

C'est pratique au début, parce qu'une voix guide l'attention. L'objectif est ensuite de savoir entrer dans l'état sans enregistrement, et la recherche suggère que l'apprentissage compte plus que l'écoute passive.

Et en auto-hypnose guidée ?

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Pour essayer avant tout, vous pouvez aussi écouter une séance audio gratuite.

Sources

  • Portail sante.fr, « État des lieux : l'hypnose », qui résume le rapport de l'Inserm : sante.fr.
  • Inserm, Évaluation de l'efficacité de la pratique de l'hypnose, rapport thématique, 2015 : rapport (PDF).
  • Eason A. D., Parris B., « Clinical applications of self-hypnosis: a systematic review and meta-analysis of randomised controlled trials », Psychology of Consciousness, 2019, 6(3), 262-278 : notice.
  • Gruzelier J., « Unwanted effects of hypnosis: a review of the evidence and its implications », Contemporary Hypnosis, 17(4), 163-193 : notice.
Éric Gavrel

Éric Gavrel

Infirmier et hypnothérapeute, titulaire d'un D.U. d'hypnose médicale (Faculté de médecine de Montpellier). Auteur d'IMAGERY, la formation à l'auto-hypnose en six semaines.

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